Match après match: Gerd Zenhäusern, J-1 avant les playoffs
À la veille des playoffs, Gerd Zenhäusern évoque Rapperswil, ses ambitions et la gestion des rumeurs autour du club.

À la veille du début des playoffs, Fribourg-Gottéron s’apprête à défier Rapperswil en quarts de finale. Le directeur sportif des Dragons, Gerd Zenhäusern, était l’invité de Match après match à la BCF Arena. L'occasion de revenir sur l'équipe, son job et quelques rumeurs.
RadioFr.: Gerd, on va rentrer tout de suite dans le vif du sujet. Vous avez appris hier soir que votre équipe affrontera Rapperswil. Est-ce que vous êtes plutôt confiant, un peu inquiet? Comment vous voyez les choses?
Gerd Zenhäusern: Bon, l’adversaire est un peu égal, on savait de toute façon qu’il fallait attendre à un moment donné. On sait que les quarts de finale, pour toutes les séries, pour tous les adversaires, c’est difficile, donc ça ne nous change rien par rapport à la préparation. Si on avait affronté Zoug ou Rapperswil, ça aurait été la même préparation.
On verra. Je pense que Rapperswil est une équipe qui a démontré hier qu’elle était en forme. Ils ont fait une belle saison, ils ont beaucoup de bons joueurs et surtout rapides, donc il faudra être prêt dès demain. On sait que souvent l’équipe qui sort des play-in est déjà dans le rythme, et puis nous on avait eu douze jours sans match, donc voilà, à nous de nous mettre en place dès le début.
Rapperswil, quand on dit ça, ce n’est pas forcément l’équipe la plus sexy du championnat, mais c’est une équipe contre qui Gottéron a perdu deux fois cette saison. Ce n’est pas forcément l’équipe qui convient le mieux à Gottéron?
Alors si on regarde le championnat régulier, oui, c’est clair qu’on a eu des matchs difficiles contre eux, toujours très serrés, avec quasiment à chaque fois un but d’écart, donc voilà, c’est une équipe qu’il faut prendre au sérieux. Je sais que beaucoup de gens pensent que Rapperswil, c’est peut-être mieux que Lugano, Genève ou Davos, mais les playoffs, c’est un nouveau championnat qui commence.
On le répète souvent, mais c’est vrai que quand on joue contre un adversaire chaque deux jours, on a le temps de se préparer, on a le temps de réagir. Dans le championnat, il y a eu des hauts et des bas, mais chaque deuxième jour ou trois fois par semaine, on joue contre un adversaire différent, donc c’est moins dans le détail.
Là, vraiment, on décortique le jeu de A à Z à chaque fois après le match, puis on essaye de s’adapter. Et l’adversaire, c’est la même chose. Ils sont au courant de tous les détails, comment on joue, de quelle façon on joue.
Les joueurs disent qu’ils ne regardent pas trop l’adversaire et qu’ils se concentrent surtout sur eux. C’est de la langue de bois ou c’est vrai?
On fait toujours des ajustements, mais c’est clair que le focus reste sur notre jeu. La base de jeu qu’on a mise en place durant toute la saison, c’est ça notre force à nous. Mais on est obligé de respecter l’adversaire, on est obligé d’analyser les forces et les faiblesses, c’est au coaching staff de préparer l’équipe.
Le joueur, il sait ce qu’il doit faire, il connaît son rôle, il doit se concentrer sur ses forces, mais c’est au coaching staff de bien préparer l’équipe. Et puis après, c’est clair, ça se joue sur la glace. Souvent, on sait très bien que c’est une question mentale aussi, mais je pense qu’on a montré cette saison qu’on avait du caractère. Souvent dans les matchs, on est revenus, on a eu beaucoup de matchs en overtime, mais pour finir, on a quand même beaucoup gagné aussi, et puis ça montre que cette équipe a du jus jusqu’au bout.
Vous la jugez comment, cette saison régulière?
Positive! Parce que quand on change un coaching staff quasiment entier, à part Lars qui connaissait déjà la maison, c’est pas toujours évident de savoir comment ça va fonctionner. Il y a toujours un temps d’adaptation, surtout avec un entraîneur qui ne connaît pas le championnat suisse. On savait qu’il nous fallait peut-être un peu de temps.
Mais à la fin, quand on voit les résultats… Nous, on a beaucoup mis l’accent sur les performances, pas sur le résultat. Le résultat, en fait, c’est après. Si à un moment donné tu performes bien et que tu es assez régulier, automatiquement tu as des résultats qui suivent. Quand on analyse les chances de but qu’on a, les chances de but qu’on arrive à diminuer par rapport à l’adversaire, sur toute la saison on est premiers ou deuxièmes. Donc c’est ça qui nous donne confiance par rapport au jeu qu’on met en place.
Comment vous sentez les Dragons mentalement avant ces playoffs?
Je suis tous les jours dans le vestiaire. Le vestiaire se porte très bien, ils ont tous hâte de commencer, ils sont très motivés. Il y a quand même un petit plus cette année, on sait que Julien va arrêter sa carrière, donc ça peut jouer un rôle, ça peut aussi bloquer.
Je pense que c’est très émotionnel, mais je sens que l’équipe est enthousiaste et qu’elle a envie de commencer ces playoffs. Comme tu l’as évoqué avant, je pense qu’ils sont confiants, parce qu’on a démontré toute la saison, surtout contre les top 6, qu’on a vraiment délivré à chaque fois de bons matchs. Mais ça recommence à zéro.
Roger Rönnberg, c’est quel genre de personne?
C’est quelqu’un qui est très ouvert, c’est un rigolo des fois, souvent disons. Mais je pense qu’il a cette expérience-là de diriger des équipes. Sa force, je pense que c’est son leadership, c’est d’aller chercher tout le monde, de sortir le meilleur, de pousser.
Il peut être de temps en temps un petit peu embêtant, comment dire… Je ne vais pas trop avancer sur les gros mots, mais c’est vrai qu’il demande beaucoup. Donc il y a les joueurs qui sentent aussi qu’il y a besoin de ça peut-être, mais de temps en temps c’est peut-être un petit moment de “lâche-moi”, parce que c’est bon.
Mais il ne lâche rien, et je pense qu’il a raison, parce qu’on voit les performances à la fin. C’est ce qui nous fait aller jusqu’à la deuxième place. Je pense que c’est quelqu’un qui sait ce qu’on veut faire. La première discussion que j’avais avec lui, je lui ai exposé ma stratégie sportive, et puis il m’a dit: c’est exactement ce que je fais, et c’est pour moi, donc je viens.
Cette année, les jeunes ont beaucoup de temps de jeu et prennent leurs responsabilités. Comment vous les voyez?
Je les ai vus bien progresser. Si je prends un exemple, Jan Dorthe, entre le début de saison et maintenant… Je peux aussi citer Kevin Nicolet. Ce sont des jeunes qui ont beaucoup progressé. Je pense que la prise en charge du coaching staff, et là notamment je parle des deux attaquants, c’est surtout Lars qui est très proche d’eux, avec bien sûr des discussions avec Roger, mais je pense que c’est ça en fait: il faut continuer à les pousser et les faire évoluer.
Mais ce n’est pas seulement en leur donnant du temps de glace. C’est aussi faire beaucoup de vidéos avec eux, apprendre qu’ils s’auto-analysent, qu’ils regardent les matchs eux-mêmes, qu’ils posent des questions critiques, qu’ils aillent chercher de l’information, qu’ils s’intègrent dans l’équipe, et puis pas être seulement les jeunes, mais aussi être une plus-value dans une ligne. Je pense qu’ils ont bien évolué là-dedans.
Quand vous regardez un match, est-ce que vous arrivez encore à profiter ou est-ce qu’il y a toujours un regard professionnel?
Je profite pas vraiment. Je dois dire que je suis assez tendu. C’est clair qu’on a un œil qui est purement sportif par rapport à analyser le match, à prendre du recul, à donner peut-être à un moment donné un avis quand on discute ensemble, quand on débriefe.
Et de l’autre côté, je suis quand même fan un peu aussi parce que je suis tendu pendant un match. Je suis ça avec des émotions. J’ai l’air assez froid, mais ça bouillonne à l’intérieur.
Je suis bien tendu pendant ces matchs, et surtout pendant les playoffs, parce qu’on a quand même cette pression-là. On nous attend au contour. On a fait un bon championnat. On parle depuis quelques années, c’est l’année qu’on peut gagner, donc on répète ça chaque année. Nous, on y croit. On est confiants qu’on peut faire un joli parcours, mais on reste quand même tendus. La pression, de temps en temps, nous bouffe un peu.
Quand un joueur important se blesse, comme Sandro Schmid, qu’est-ce qu’on ressent comme directeur sportif?
On voit tout de suite qu’il y a quelque chose qui cloche. En regardant le joueur, comment il sort de la glace, on sait que ça ne sent pas très bon. Donc on est plutôt frustrés que ça arrive au dernier match, surtout avec un joueur de son importance.
On n’est jamais contents quand on a des blessés, mais on a senti tout de suite qu’il y avait quelque chose de grave qui avait pu arriver à Sandro. Et ça, ça s’est avéré malheureusement. C’est pour ça qu’il y a eu une petite partie de frustration quand j’ai tapé le poing sur la table.
On est déçus, pour nous, mais surtout aussi pour lui. Je pense que Sandro a fait un super championnat. Il avait hâte de commencer les playoffs. C’est un coup dur pour lui. Il faut qu’on trouve des solutions, comme on l’a fait durant la saison avec d’autres absences. À un moment donné, il faut digérer, il faut en discuter, et avancer.
Quand il faut aller chercher un joueur pour compenser une blessure, ça se passe comment?
C’est nous qui prenons le contact. On a beaucoup de contacts avec les agents du monde entier. Et puis, à un moment donné, on fait des recherches. On a aussi des contacts. Cette année, c’était particulier avec la Finlande. Il y avait une situation spéciale dans leur championnat, donc certains clubs voulaient vendre des joueurs. C’était une opportunité pour nous de regarder s’il y avait des joueurs intéressants.
À un moment donné, on prend contact directement avec un directeur sportif. Avec Kyle (nldr. Rau), c’était assez tôt dans le championnat puisqu’il y avait les blessures des étrangers, et on a décidé de ne pas trop attendre pour aller chercher un remplaçant.
Là aussi, il y a des contacts, du visionnage de vidéos. On connaît les joueurs qui n’ont pas de contrat, on connaît les joueurs qui peuvent éventuellement sortir de leur équipe, parce que les informations circulent beaucoup dans le milieu. Je reçois quasiment tous les jours des propositions de joueurs. Après, il faut regarder, analyser, et voir si ça correspond vraiment à ce qu’on cherche.
Pour devenir directeur sportif et maîtriser tout ça, on fait comment?
Moi, j’ai eu la chance de pouvoir diriger le mouvement junior pendant cinq ans. Il y a beaucoup de travail qui est quasiment la même chose. J’ai beaucoup appris quand j’étais dans le mouvement junior.
Après, j’ai eu la chance de pouvoir être assistant directeur sportif. Ça m’a permis de quasiment faire le travail d’un directeur sportif sans pouvoir prendre les décisions finales. Je me suis mis dans le bain comme ça.
Mais après, c’est d’avoir une vision claire au niveau de la stratégie sportive. Je pense que c’est la priorité. C’est le point central quand on veut mettre quelque chose en place: avoir les idées claires sur où, comment, avec qui on veut aller. Et puis après, il faut avoir un peu de chance de trouver des bons éléments qui nous entourent. Il y a beaucoup de planification, beaucoup de discussions, beaucoup de choses à mettre en place. Et puis j’apprends tous les jours.


