Le "true crime", la berceuse pour adultes

Le true crime fascine des millions de personnes, souvent juste avant le sommeil. Un paradoxe qui questionne nos habitudes et la santé mentale.

Les podcasts criminels, comme ceux consacrés au tueur en série américain Jeffrey Dahmer, sont devenus les histoires du soir des adultes. © La Télé

Ted Bundy, Jeffrey Dahmer ou, plus proche de chez nous, le sadique de Romont. Les récits de tueurs en série passionnent un large public, que ce soit à travers des podcasts, des documentaires ou des séries télévisées. Et pour beaucoup, c’est juste avant de s’endormir que ces contenus de "true crime" sont consommés. Un paradoxe qui interroge, tant sur nos habitudes que sur leurs effets sur la santé mentale.

Pour Jessica, c’est devenu un rituel. Chaque soir, avant de fermer les yeux, elle écoute une histoire de crime réel. "C’est un truc qui me berce. J’entends rarement la fin", confie-t-elle. Comme elle, de nombreuses personnes ont pris l’habitude de s’endormir au son de récits parfois très sordides.

Sur les réseaux sociaux, le phénomène est souvent tourné en dérision. Écouter des histoires de meurtres avant de dormir ne semble pas idéal pour trouver le sommeil, et pourtant, cela fonctionne pour beaucoup. Selon la psychologue Florence Guenot, ce paradoxe s’explique assez simplement. Elle compare cette fascination à un orage observé derrière une vitre. "C’est fascinant, mais pas du tout menaçant", explique-t-elle.

Chacun sa sensibilité

À cela s’ajoute la manière dont ces histoires sont racontées. Une voix calme et posée, un ton maîtrisé, et le récit devient pour certains une véritable berceuse. Mais cette habitude n’est pas sans risques. "On n’est pas tous égaux face à ce genre de contenus", souligne Florence Guenot. Certaines personnes peuvent se montrer plus sensibles, notamment en raison de traumatismes vécus. "Les personnes perturbées par ce type de récits ont tendance à mélanger ce qu’elles regardent avec la réalité", précise la psychologue.

Les contenus de true crime peuvent également avoir un effet négatif chez les personnes souffrant de troubles anxieux. Ils peuvent accentuer un état d’hypervigilance et compliquer l’endormissement. Pour la majorité toutefois, la spécialiste se veut rassurante. Être attiré par ces histoires est un comportement courant. "Le cerveau a besoin de donner du sens à ce qui paraît incompréhensible. Regarder ou écouter ces contenus aide à réduire le sentiment d’incertitude", explique Florence Guenot.

Pour les amateurs de true crime, pas de raison donc de s’inquiéter. Continuer à écouter ces récits avant de dormir n’est pas problématique, tant que le sommeil reste de qualité et que cette fascination ne se transforme pas en obsession.

La Télé - Océane Page
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