Signes d'amélioration de la pénurie d'enseignants en Suisse
A l'approche de la nouvelle année scolaire, la plupart des postes d'enseignantes et d'enseignants ont été repourvus en Suisse, il n'y aurait plus de pénurie des professionnels de l'enseignement. À moyen terme, la baisse du taux de natalité et l'augmentation du nombre d'étudiants dans les hautes écoles pédagogiques pourraient également contribuer à améliorer la situation.

Les cantons de Zurich et Bâle-Campagne avaient déjà indiqué qu'il ne restait pas, ou peu, de postes à pourvoir à quelques semaines de la rentrée scolaire. Seuls 17,1 équivalents temps plein étaient à pourvoir dans les écoles primaires, la moitié moins que l'année dernière.
Dans le canton de Berne en revanche, la pénurie d'enseignants n'est pas encore résolue, selon la Direction de l'éducation et de la culture. Les besoins restent particulièrement importants dans l'enseignement primaire, ainsi que dans l'éducation spécialisée et le secondaire I. Grâce à diverses mesures visant à renforcer l'attractivité de la profession, la situation s'est toutefois améliorée par rapport aux années précédentes.
En Suisse romande aussi
Même son de cloche de l'autre côté de la Sarine: on ne peut plus vraiment parler de pénurie d'enseignantes et d'enseignants. Les difficultés de recrutement ne sont pas manifestes, indique le syndicat des enseignants romands (SER).
Pour les cantons romands, les données disponibles restent lacunaires. Il n'existe pas d'indicateurs chiffrés harmonisés publiés par les cantons, il n'est donc pas possible d'établir un classement des cantons selon l'intensité de la pénurie.
"En revanche, plusieurs cantons, notamment Vaud, Genève, Fribourg et le Valais, ont communiqué ces dernières années sur des difficultés de recrutement particulièrement dans l'enseignement spécialisé, pour certains remplacements et dans quelques domaines spécifiques (notamment en allemand, mathématiques, sciences)", souligne le président du SER, David Rey, interrogé par Keystone-ATS.
Le recul de la natalité apporte un peu de répit
Le recul de la natalité observé ces dernières années pourrait contribuer à une détente de la situation, notamment dans les petites classes du primaire. Ainsi, les scénarios éducatifs 2025-2034 de l'Office fédéral de la statistique (OFS) prévoient un recul du nombre d'élèves du degré primaire. Cette baisse pourrait atteindre 7%.
Cette baisse se répercutera sur le besoin annuel de nouveaux enseignants du degré primaire (-40% entre 2025 et 2034). Le nombre total d'enseignants devrait lui reculer d'environ 4500 en 10 ans.
Dans le même temps, plusieurs hautes écoles pédagogiques suisses font état d'une forte augmentation du nombre d'étudiants. La HEP de Berne a, par exemple, annoncé un nombre record de diplômes d'enseignement.
"Symptôme d'une pénurie durable"
Le syndicat des enseignants romands ne souhaite pas encore crier victoire. Selon son président, la pénurie ne s'explique pas uniquement par un manque de diplômés, mais elle "traduit les difficultés à attirer et fidéliser les enseignants dans une profession dont les exigences et la complexité se sont fortement accrues ces dernières années".
Dans les cantons romands, les personnes engagées sans formation complète disposent généralement d'un délai et d'un cadre précis pour régulariser leur situation, mais toutes les conditions varient toutefois fortement d'un canton à l'autre, indique le SER.
"Cette évolution constitue avant tout le symptôme d'une pénurie durable. Les écoles font preuve de pragmatisme afin de garantir l'ouverture de toutes les classes, mais ces solutions doivent rester transitoires", soutient M. Rey.
Attractivité et fidélisation
Pour lui, l'objectif est que chaque classe puisse être confiée à un enseignant pleinement formé, tout en renforçant l'attractivité du métier afin de fidéliser les professionnels. Cela passe notamment par les revendications "classiques": amélioration des conditions salariales , réduction des effectifs des classes, allégement de la charge administrative.
Toutefois, le syndicat souhaite ouvrir le débat sur trois autres mesures pour "repenser le parcours professionnel des enseignants". Premièrement, il s'agit d'instaurer un droit au "ressourcement professionnel" (formation continue, projet pédagogique, échange professionnel...).
La deuxième mesure consiste à permettre à l'enseignant de réaliser temporairement une expérience dans une entreprise, une université ou une autre institution, pour "enrichir ses pratiques et renouveler son regard sur le métier". Enfin, il faut garantir un "véritable temps protégé": une nouvelle exigence devrait nécessairement entraîner la suppression ou l'allègement d'une autre charge.
Comme le résume David Rey, il ne s'agit plus seulement de recruter davantage d'enseignants, mais de créer les conditions permettant aux professionnels de rester, d'évoluer et de s'investir durablement dans le métier.


