Violences domestiques: Fribourg renforce la coordination
Le canton se dote d'une procédure commune pour mieux suivre les cas à haut risque, suite au féminicide d'Epagny d'avril 2025.

Le Conseil d’État fribourgeois muscle sa réponse face aux violences domestiques. Objectif: agir plus tôt. Un nouveau dispositif est entré en vigueur en fin d'année passée, dans un contexte marqué par plusieurs affaires graves, dont le féminicide d’Epagny en avril 2025. Les autorités le rappellent: le phénomène n’est pas nouveau, mais il reste très présent et s’intensifie.
Les chiffres confirment la tendance. Selon le procureur général du canton de Fribourg, Raphaël Bourquin, les violences domestiques ont augmenté de 15% entre 2023 et 2024, puis encore de 10% entre 2024 et 2025. "La problématique est la même dans les cantons voisins. Après Epagny, il y a eu une forte mobilisation", souligne-t-il, évoquant aussi le féminicide de Givisiez et la tentative de féminicide survenu plus tard en Ville de Fribourg.
Le Ministère public informé sans délai
Tous les professionnels concernés – magistrats, greffiers et travailleurs sociaux – utiliseront un outil d’évaluation des risques recommandé par l’Unité de gestion des menaces de la Police cantonale.
Désormais, en cas de risque fondé, important et imminent de passage à l’acte, le Ministère public peut être contacté directement. Il décide alors des suites : enquête, mesures de contrainte, détention provisoire ou mise en place d’un réseau de suivi.
L’information a lieu oralement en cas d’urgence ou par le dépôt d’une dénonciation écrite. Même en cas d’information orale, un document écrit indiquant les menaces et leur caractère plausible doit être déposé dans les meilleurs délais
Dans les cas les plus graves, l'Unité de gestion des menaces de la Police cantonale coordonne un réseau réunissant tous les partenaires concernés. Une personne de contact pour la victime est désignée. Ce réseau reste actif même après une éventuelle libération de l'auteur présumé, assurant un suivi jusqu'à ce que le danger soit écarté.
"Des dizaines de professionnels seront formés à l’évaluation des risques, mais cela prendra encore plusieurs mois", a indiqué le conseiller d'Etat en charge de la sécurité Romain Collaud, lors de la conférence de presse. A noter que l'outil d'évaluation n'existe pas encore; il sera identifié dans un prochain temps.
Jusqu’ici, le Ministère public intervenait surtout lorsque les faits étaient déjà commis. Un groupe de travail d’une quinzaine de personnes a été mis sur pied après le drame d’Epagny, survenu en avril 2025. Son constat: les informations existent, mais elles sont dispersées entre plusieurs services — école, SEJ, LAVI — et n’arrivent pas toujours à la police ou au Ministère public.
D'autres mesures de prévention
Cet outil d'évaluation des risques n'est pas la seule mesure mise en place par le Canton pour tenter de mieux prévenir les cas de violences domestiques.
Du côté de la santé et du social, le ministre Philippe Demierre rappelle que l’approche est pluridisciplinaire. L’unité de médecine des violences, ouverte début janvier à l'HFR, accueille en moyenne une personne par jour. Des formations ont aussi lieu dans les pharmacies, les écoles et auprès des médiateurs scolaires, afin de mieux détecter les situations de violence.
Les autorités en sont conscientes: certains drames ne pourront pas être évités. Mais pour le canton, chaque mesure compte. "Ce ne sont pas que des chiffres, mais des familles et des victimes", résume Raphaël Bourquin, le procureur général du Canton de Fribourg. En cas de danger imminent, le 117 reste le numéro à composer.



