Chaleurs sur les chantiers: coup de gueule des syndicats

Unia et Syna fustigent le comportement des patrons fribourgeois. Ils refusent de signer, pour la deuxième fois, la CCT du gros œuvre.

Pour les syndicats, les travailleurs ne sont pas assez protégés en cas de fortes chaleurs. © KEYSTONE

Les syndicats Unia et Syna qualifient les entrepreneurs fribourgeois de la construction "d'irresponsables". La raison ? Fin mai, la Fédération Fribourgeoise des Entrepreneurs a refusé de signer la convention collective de travail locale du gros œuvre pour la deuxième fois.

Au cœur des désaccords se trouve l'annexe 5 de cette CCT. Elle doit régir la protection des travailleurs et travailleuses sur les chantiers en cas de fortes chaleurs.

Les syndicats ont proposé le modèle suivant : dès 34 degrés, le travail débute à 6 h le matin et se termine à 13 h 15. Et en cas de vague de chaleur, dès le troisième jour consécutif à plus de 32 degrés, le travail s'arrête aussi en début d'après-midi.

Des risques graves

Jorge Casal est maçon. Il s'adresse aux employeurs, la gorge nouée, les yeux remplis de larmes : "Combien de personnes doivent encore mourir pour qu'ils agissent ? J'ai un fils de neuf ans, je ne veux pas mourir sur un chantier."

"Nous sommes déçus et inquiets. Il y a des risques pour des vies. La décision des employeurs est difficile à comprendre, car ces fortes chaleurs n'ont lieu que quelques jours par année. La balle est dans leur camp", lance François Clément, Secrétaire régional d'Unia Fribourg.

Le syndicaliste ne ferme pas la porte à des actions coup de poing, des manifestations, voire des grèves, même s'il assure ne pas vouloir en arriver là. Il espère un nouveau signe de la part de la Fédération Fribourgeoise des Entrepreneurs dans les prochaines semaines.

François Clément et son confrère Ernesto Suarez de Syna promettent de redoubler d'effort pour que les règles de base concernant la chaleur sur les chantiers soient respectées. Autre conséquence de ce refus de signer la CCT de la part des patrons : un fonds alimenté par les employés et les employeurs va être dissous en fin d'année. Il servait à payer des formations continues.

Que disent les patrons? 

David Valtério, directeur de la Fédération Fribourgeoise des Entrepreneurs (FFE), est surpris de la manière d'agir des syndicats. "Nous n'étions pas au courant du point presse de mardi, c'est surprenant comme manière de faire et dommage d'en arriver là."

Alors le dialogue est-il rompu ? "Pas du tout, répond David Valtério, cela fait quatre ans que nous travaillons sur cette CCT. Nous voulons cette convention, mais nous ne sommes pas d'accord sur le point qui concerne la canicule, car nous allons créer une usine à gaz à Fribourg avec ce système. Nous préférons attendre, comme il y a des discussions au niveau national."

Le directeur de la FFE en appelle au bon sens des employeurs. "En période de pénurie de main-d'œuvre, les employeurs ont plutôt intérêt à bien traiter leurs employés. Et puis il y a aussi toutes les règles SUVA qu'ils doivent respecter. Les entreprises elles-mêmes prennent déjà des mesures."

RadioFr. - Vincent Dousse
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