"Une exploitation laitière qui s'arrête ne redémarre jamais"

Le canton de Fribourg souhaite renforcer sa filière laitière. Plusieurs acteurs ont tenu une conférence de presse lundi matin - dans une ferme de Cottens - pour présenter leurs mesures.

Des producteurs de laits, des représentants de l'institut agricole de Grangeneuve, des représentants de la Fédération des sociétés fribourgeoises de laiterie et le conseiller d'Etat en charge de l’agriculture Didier Castella étaient présents. © KEYSTONE / RadioFr.

Des plans et des lignes directrices ont été lancées lundi matin à l'entrée d'une ferme de Cottens dans la Sarine. Son propriétaire, Yves Nicolet (président de la Fédération des sociétés fribourgeoises de laiterie), était accompagné d'une autre productrice, de représentants du canton et de Grangeneuve pour détailler le plan d'action en faveur de la filière du lait du canton de Fribourg.

Il s'inscrit dans un processus lancé en 2023 par le canton avec une enquête sur l'avenir de la production laitière, mené conjointement par le centre de compétences de Grangeneuve et la Haute école spécialisée de Berne (HAFL). Un processus, et un contexte: "On voit actuellement des prix relativement bas, on peut avoir un risque que les exploitations laitières s'arrêtent", explique Pascal Toffel, directeur de Grangeneuve. "On sait qu'une exploitation laitière qui s'arrête ne redémarre jamais."

Quatre thèmes principaux en sont ressortis et se retrouvent au centre du plan d'actions: les investissements et infrastructures, les ressources naturelles et l'adaptation au changement climatique, les successions et reprises de fermes et, enfin, la qualité de vie des producteurs.

Des fermes sans héritier?

Le canton de Fribourg a perdu plus de la moitié de ses fermes depuis 1975. Et la tendance ne s'inverse pas: aujourd'hui, plus d'un tiers des exploitants laitiers ont 55 ans ou plus. Autant de fermes qui devront trouver un repreneur d'ici une dizaine d'années, sous peine de disparaître à leur tour.

Face à cet enjeu, le canton et l'Institut agricole de Grangeneuve ne veulent pas perdre des exploitations. Parmi plusieurs projets lancés — optimisation de l'affourrage des vaches laitières, refonte d'un site internet, ou encore une application pour détecter et suivre les maladies bovines — c'est l'accompagnement des reprises d'exploitations qui se distingue comme la priorité la plus urgente.

Le constat est paradoxal. D'un côté, des agriculteurs peinent à trouver quelqu'un à qui confier leur ferme. De l'autre, de jeunes agriculteurs cherchent des exploitations laitières sans savoir où frapper. L'objectif est donc simple: les mettre en relation, et soutenir ces transitions souvent complexes, avec des conseils et un appui administratif concret.

Un plan "d'accompagnement" 

Plus largement, le plan présenté pour les producteurs de lait est résolument tourné vers le conseil et l'accompagnement plus que sur une potentielle manne financière.

"C'est un accompagnement pour notamment bénéficier au mieux de nombreux soutiens financiers qui existent déjà", explique le conseiller d'Etat en charge de l'agriculture Didier Castella. "Ce qu'on veut, c'est faire la coordination, faire les échanges, essayer d'avoir un processus d'amélioration continue qui permette à nos agriculteurs de vivre avec une qualité de vie qui soit digne."

Accompagner les professionnels

Interrogé dans le 12h30 de la RTS, Didier Castella s'est exprimé sur la marge de manœuvre du canton en la matière.

"Nous avons notre école de Grangeneuve, qui fait non seulement de la formation, mais aussi de l'accompagnement, qui donne du conseil", a-t-il déclaré.

"Beaucoup se joue à Berne, effectivement", a-t-il ajouté, en citant les subventions et la politique agricole. Cette dernière "n'est pas toujours facile à suivre, c'est aussi pour ça que nous voulons les accompagner, pour qu'elle soit mieux comprise, pour qu'ils puissent saisir les meilleures options dans leurs choix futurs", a ajouté M. Castella.

RadioFr. - Nathan Clément / ATS / SDA
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