Filière du lait: "Des bonnes nouvelles, il y en a peu"

Les sociétés de laiterie fribourgeoises ont tenu leur assemblée vendredi passé. Les nouvelles ne sont pas bonnes pour les producteurs de lait.

Sabine Guex, agronome de formation, a pris ses fonctions à la tête de la FSFL en janvier 2026. © KEYSTONE

Les éleveurs de vaches laitières fribourgeois n'ont pas vraiment de quoi se réjouir en ce moment. La Fédération des sociétés fribourgeoises de laiterie (FSFL) a tenu son assemblée générale vendredi dernier. Les producteurs de lait sortent d'une année exceptionnelle: en 2025, la production cumulée a augmenté de 2,8% par rapport à 2024. La deuxième partie de l'année en particulier a été hautement fructueuse, grâce à un fourrage d'une excellente qualité.

Mais pour ce qui est d'écouler les stocks, les agriculteurs sont moins chanceux. "On voit que le marché a été dur", soupire Sabine Guex, la nouvelle directrice de la FSFL. Face à la chute des exportations, l'interprofession du gruyère AOP (IPG) a réduit ses quotas de production une première fois de 5% en 2025, puis de 3% supplémentaires en 2026."La filière fromagère a connu des problèmes d'écoulement notamment au niveau du marché américain, avec les droits de douane qui ont fortement fluctué durant l'année", poursuit Sabine Guex. "Il faut aussi dire qu'au cours des vingt dernières années, il y a eu un fort accroissement de l'importation de produits laitiers en Suisse."

Selon la statistique laitière 2024, la différence entre les exportations et les importations de produits laitiers équivalait à près de 300'000 tonnes de lait en 2014. Dix ans plus tard, la balance commerciale de la Suisse a fondu, avec un solde d'un peu plus de 150'000 tonnes d'équivalent lait entier (ELE). "Ces produits prennent la place de la production suisse dans les magasins. La problématique vient aussi de là", analyse l'agronome de formation.

Le prix d'achat baisse chez les industriels

À côté de ces limites sur la production artisanale, les agriculteurs qui revendent leur lait à de grands groupes industriels doivent encaisser une baisse du prix de référence. Après une année entière à 82 centimes le kilo, le prix indicatif pour le lait utilisé dans les produits vendus en Suisse a diminué de 4 centimes.

"Quand le prix indicatif baisse, tout le monde en fait les frais", commente Sabine Guex. Il s'agit de la première baisse du prix depuis 2016, où le prix au kilo avait atteint un plancher de 65 centimes. 

Mais cette situation de surproduction, qui accompagne le pic habituel en période de printemps, pourrait s'effacer très vite. "Il est possible que le lait revienne à manquer avant la fin de l'année", avertit la directrice de la FSFL. "Ce que l'on voit déjà à l'heure actuelle, c'est une certaine sécheresse sur ce mois d'avril." Sans pluie pour assurer de bonnes récoltes dès les premiers foins, qui ont déjà commencé pour certains agriculteurs, la situation à l'été 2026 pourrait être dramatiquement différente de celle de l'année passée.

Confiance en Cremo renouvelée

Pour ne rien arranger, le plus grand acheteur de lait "de centrale" du canton de Fribourg, Cremo, craint pour sa situation financière. En 2024, le groupe a réalisé une perte de près de 17 millions de francs. En novembre dernier, son directeur général Ralph Perroud est poussé vers la sortie et remplacé par Xavier Monange.

Malgré tous ces remous, les producteurs de la FSFL réaffirment leur confiance dans l'entreprise basée à Villars-sur-Glâne. Une assemblée a eu lieu début avril entre Cremo et ses fournisseurs de lait membres de la fédération. Un échange dont Sabine Guex est ressortie satisfaite: "Je pense que Cremo a pu répondre aux questions que certains se posaient. Tout le monde est bien conscient que tout n'est pas réglé du côté de l'entreprise, mais que les gens font leur maximum", affirme-t-elle. "Il n'y a pas de déni, la réalité est connue et je pense que c'est une bonne base pour pouvoir construire la suite."

La Fédération des sociétés fribourgeoises de laiterie est actionnaire principal de Cremo, avec environ 46% des parts.

RadioFr. - Simon Gumy
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