Prix du lait: une baisse de 4 centimes qui inquiète
Face à une surproduction inédite, l’Interprofession du lait baisse le prix de 4 centimes dès ce dimanche. Une décision lourde de conséquences.

Dès le 1er février, l’Interprofession du lait (IP Lait) a décidé d’abaisser de 4 centimes le prix indicatif du lait d’industrie. Le nouveau prix s’établit à 78 centimes par kilo. Une décision motivée par une surproduction exceptionnelle, mais qui fragilise encore davantage les producteurs.
L’année 2025 a été particulièrement favorable à la production laitière. Grâce à des fourrages de très bonne qualité, les vaches ont produit davantage de lait. Résultat : les volumes livrés sont aujourd’hui jusqu’à 10 % supérieurs à la normale.
"Il y a actuellement trop de lait sur le marché, ce qui exerce une forte pression sur les prix", explique Mireille Hirt-Sturny, vice-présidente de la Fédération des sociétés fribourgeoises de laiterie (FSFL) et elle-même productrice de lait. "C’est une situation inédite, du jamais vu."
Cette surproduction ne concerne pas seulement la Suisse. En Europe aussi, les volumes sont élevés, ce qui fait chuter les prix et complique les exportations de fromages suisses, déjà mises sous pression par la concurrence européenne dans le cadre de l’accord de libre-échange.
Une baisse de prix pour détendre le marché
Face à cette situation, l’IP Lait a choisi d’agir sur le levier du prix. L’objectif : réduire les volumes produits et rééquilibrer le marché.
"Cette baisse doit nous permettre de garder nos parts de marché, mais doit aussi inciter les producteurs à réduire leur production, afin de ne pas aller droit dans le mur", souligne Mireille Hirt-Sturny. Mais l’impact financier est lourd. "Une baisse de 4 centimes représente, pour un producteur fribourgeois moyen, plus de 11’000 francs de pertes par an, avec les mêmes charges et le même travail."
Des conséquences directes sur les exploitations
Pour les producteurs, la décision est vécue comme une mauvaise nouvelle. À Rueyres-Treyfayes, Daniel Menoud, à la tête de l’une des plus grandes exploitations laitières du pays avec près de 300 vaches, estime que la baisse du prix du lait lui fera perdre entre 5’000 et 10’000 francs par mois.
L’agriculteur, qui a récemment investi près de 10 millions de francs dans ses installations, appelle les consommateurs à soutenir la filière : consommer local reste, selon lui, un moyen concret d’améliorer la situation.
Des stocks de beurre en excès
Autre conséquence directe de la surproduction: les stocks explosent. Pour conserver le surplus de lait, les transformateurs produisent du beurre et de la poudre de lait maigre. Or, les réserves de beurre atteignent aujourd’hui 5’900 tonnes, alors que le niveau idéal se situe entre 1’000 et 2’000 tonnes.
"La situation est dramatique", résume Mireille Hirt-Sturny. "Nous arrivons aux limites des capacités de transformation. Le risque, à terme, est de devoir éliminer du lait. Cela n’est encore jamais arrivé."
Le stockage du beurre, qui doit être congelé, engendre par ailleurs des coûts importants pour les transformateurs. Et lorsque ces produits sont exportés sur le marché mondial, les prix sont extrêmement bas, ce qui pénalise une nouvelle fois les producteurs.
Éviter le pire
Pour éviter d’en arriver à une situation extrême, la vice-présidente de la FSFL appelle à un effort: réduction des volumes, adaptation des pratiques, voire diminution temporaire des cheptels.
"Nous sommes un peu pris en étau pour le moment, mais nous n’avons pas le choix. Sans réduction de la production, on va vraiment dans le mur."



