Les enjeux de l'inclusivité dans la langue française
Au niveau grammatical, le masculin l’emporte. Cela peut impacter notre vision du monde et surtout ouvrir le débat sur l'écriture inclusive.

La langue française est-elle sexiste? Sur le plan grammatical, c'est qu'elle nous laisse croire, avec sa règle du masculin qui l'emporte sur le féminin.
Pour Pascal Gygax, psycholinguiste et directeur de l'unité de recherche en psychologie sociale à l'Université de Fribourg, au travers de l’utilisation du masculin, on offre une fausse perception du monde. "A force d’utiliser le masculin, on pense qu’il y a beaucoup plus d’hommes dans la société, alors que ce n’est pas du tout le cas", déclare-t-il.
Bien plus qu'une mode
Selon le psycholinguiste, la thématique du langage inclusif n'est pas nouvelle: "cela fait 50 ans que l'on travaille là-dessus". Dans les années 60, les premières à parler de langage inclusif sont des religieuses. Ces dernières proposaient de réécrire certains passages de la Bible pour rendre le texte plus inclusif. Une décennie plus tard, les premiers travaux à s'intéresser au genre ont été publiés.
En Suisse, l'inclusivité occupe une place importante. "On a l'impression que c'est quelque chose de nouveau [...], mais en Suisse allemande, cela fait longtemps qu'on en parle et qu'on prend des mesures par rapport à cela."
Pascal Gygax compare l'écriture inclusive à une boîte à outils. Certaines tournures inclusives comme les formes contractées des doublets peuvent paraître lourdes. Ces tournures restent minoritaires par rapport à toutes celles qui permettent l'inclusion. L’une des techniques est la reformulation dégenrée qui consiste à ne pas expliciter le genre lorsqu’il n’est pas pertinent.
Réticence face à l'inclusion
Le langage inclusif fait l’objet de beaucoup de réticence. Pascal Gygax explique ce phénomène par le conservatisme, lié à la société et au langage. "En Suisse, on vit dans un société très conservatrice […] et on a une sorte d’attachement à la pureté du français", il estime que c'est pour cette raison que le langage inclusif peine à s'imposer.
Pascal Gygax a sorti le livre Le cerveau pense-t-il au masculin ? qu’il a coécrit avec Sandrine Zufferey et Ute Gabriel. Cet ouvrage sert de guide pour le langage inclusif. Il contient une quinzaine d’exercices pratiques. Notre dessinateur Christian Marthe s’est d’ailleurs prêté au jeu. "Un fils et son père se rendent en vacances. Sur la route, ils ont un accident de voiture. Le père meurt sur le coup et le fils, blessé, est conduit à l’hôpital. Arrivé à l’hôpital, l’un des chirurgiens arrive et dit : "je ne peux pas opérer, c’est mon fils". Comment cela est-il possible?"
Pour avoir la réponse et découvrir les réflexions de Pascal Gygax, c'est par ici:


