Quand le foin s'enflamme tout seul et détruit des granges

Deux incendies en quelques jours dans le canton rappellent un danger parfois sous-estimé: la combustion spontanée du fourrage. Explications.

Le processus de fermentation du foin est naturel, mais peut être dangereux si le fourrage chauffe trop. © Frapp

Une quinzaine de veaux sont morts ce mardi après l'incendie d'une ferme à Guin, dans la localité de Menziswil. Selon les premières indications de la police cantonale, l'incendie aurait été provoqué par la fermentation du foin stocké dans la grange. Cet incendie n'est pas un cas isolé. Samedi dernier, une grange à Vuarmarens avait déjà été ravagée par un sinistre similaire.

Mais comment est-ce que du foin entreposé peut-il spontanément prendre feu? "C'est un peu comme quand vous faites du pain", explique Didier Carrard, directeur adjoint de l'Établissement cantonal d'assurance des bâtiments (ECAB) et responsable du département prévention et intervention. "Vous mélangez des farines, donc du sucre, avec de l'eau que vous allez laisser travailler pour que ça pousse, créer des petites bulles de gaz. La fermentation du fourrage, c'est le même principe."

Lorsque les agriculteurs stockent du foin humide en grange, qu'il soit mis en bottes ou en vrac, le fourrage continue de "travailler". Les bactéries naturellement présentes se nourrissent du sucre contenu dans le foin et, en se développant, produisent des gaz et de la chaleur. Ce processus de fermentation est parfaitement naturel et normal, mais attention: si la réaction dépasse 70 degrés Celsius, le risque de combustion spontanée devient réel, et le foin peut littéralement s'enflammer sans source externe de chaleur.

Des signes à surveiller

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la fermentation ne produit pas de vapeur visible, mais elle génère des signaux que les agriculteurs apprennent à reconnaître. "Il y a effectivement des odeurs de silo, de fermentation, un peu comme quand vous ouvrez un levain", décrit Didier Carrard. Mais c'est surtout la chaleur qu'il faut surveiller de près.

"On utilise des sondes à fourrage", explique le directeur adjoint de l'ECAB. Ces outils permettent de mesurer en temps réel la température au cœur des tas de fourrage. À partir de 50 degrés, une surveillance active est recommandée. Entre 50 et 60 degrés, il faut procéder au détassement, à l'aération du fourrage et à l'aspiration des gaz pour éviter l'accumulation de chaleur. Dès que le thermomètre dépasse 60 degrés, "c'est mieux d'appeler préventivement les pompiers, pour qu'ils prennent des mesures", insiste Didier Carrard.

Dans le canton de Fribourg, il y a en moyenne entre un et deux sinistres de ce type chaque année. Un coût annuel d'environ un million de francs pour l'ECAB. Au-delà de l'aspect financier, ces incendies représentent un drame humain et professionnel pour les agriculteurs touchés. "Il faut quand même se rendre compte que la perte d'un bâtiment agricole pour un agriculteur, c'est la perte de son outil de production", souligne Didier Carrard.

Prévention et subventions

Face à ce risque récurrent, l'ECAB a une approche d'abord préventive. "Chaque année, on s'adresse à l'ensemble des agriculteurs du canton pour rappeler ce phénomène tout à fait naturel", explique Didier Carrard, "et les bonnes pratiques, comme essayer au maximum de ne pas mettre du fourrage humide en grange."

Cette sensibilisation s'accompagne de mesures concrètes, comme des subventions pour l'acquisition de sondes à fourrage. L'ECAB encourage également la construction de murs coupe-feu qui séparent l'habitation de la grange dans les fermes plus traditionnelles pour limiter la propagation d'un éventuel incendie et protéger les parties habitables. Une mesure elle aussi subventionnée.

Malheureusement, la prévention se heurte parfois aux réalités du terrain. "Les agriculteurs doivent travailler avec les conditions météorologiques, et il n'est pas toujours possible de laisser sécher au maximum le fourrage à l'extérieur avant de le mettre en grange", reconnaît Didier Carrard. Les contraintes météorologiques et les impératifs de production font que "tout ne peut pas toujours être fait d'une manière idéale".

Frapp - Mattia Pillonel
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