Rori: "Le chaos des années 90 me touche"
La Belge brille dans la nouvelle version de "Butterfly" du groupe Superbus. Elle sort son EP "Miroir" le 19 septembre. Rencontre aux Francomanias.

RadioFr: Bienvenue en Suisse Rori! Entre Belges et Suisses, on s’aime bien, non?
Rori: Oui, je crois!
Bon, question sérieuse pour commencer: qui a le meilleur chocolat?
La Belgique, bien sûr.

Ces dernières semaines, on entend beaucoup parler de toi, notamment grâce à la réédition du titre "Butterfly" de Superbus. Comment s’est faite la rencontre avec Jennifer Ayache et le groupe?
On s’est rencontrées lors d’une promo en France, on s’est super bien entendues. Ils travaillaient sur leur album où ils reprenaient "Butterfly" et "Lola", et Jen a pensé à moi. Elle m’a envoyé un message et j’ai dit oui!
Avant cette collaboration, tu chantais en anglais. Pourquoi avoir basculé vers le français à partir de 2021?
J’avais envie d’essayer depuis un moment. En français, il y a encore plein de choses à faire musicalement. J’ai voulu trouver mon son, et je suis contente d’avoir sauté le pas.
Est-ce que tu écris différemment en français?
Oui, c’est plus casse-tête. Le français est plus dur, moins fluide que l’anglais, mais c’est un challenge que j’aime bien.
Ton EP "Ma saison en enfer" (2023) parle d’anxiété, de dépression... Est-ce que ça t’a permis de tourner une page?
Oui. Souvent, je me rends compte en écrivant que je suis passée à autre chose. C’est comme une réalisation après coup.
La musique t’aide à gérer toutes ces émotions contradictoires que tu évoques?
Complètement. J’ai du mal à gérer mes émotions, je passe vite d’un extrême à l’autre. Écrire m’aide à comprendre ce que je ressens, à l’accepter.
Tu parles de choses très personnelles. Comment tu te protèges émotionnellement?
J’aborde des émotions universelles, pas ma vie privée. Ce sont des sentiments que tout le monde a connus, donc ça me permet de prendre du recul tout en partageant.
Dans "Vérité", tu évoques le fait de fuir la réalité. C’est une forme de protection?
Oui. Il y a tellement de choses horribles — guerres, génocides, climat, politique... Je suis dépassée. Ce morceau parle de cette impuissance : qu’est-ce qu’on peut faire?
Ton prochain EP "Miroir" sort le 19 septembre prochain. Quand tu te regardes dans un miroir, tu te dis quoi?
(rires) Honnêtement? "Je suis dégueulasse."
Mais non, tu peux pas dire ça!
Si, j’ai du mal à me regarder, je me focalise sur les défauts. Je suis très négative.
Tu dis que l’EP est influencé par les années 90, mais pas dans une logique de revival. Pourquoi?
Parce que cette époque ne reviendra pas. Le contexte a changé. Je m’inspire de l’énergie du chaos de cette période, pas de son passé.
Tu cites Nirvana, Radiohead, Garbage... Tu te sens héritière de cette énergie?
Oui, ce chaos me touche. La pop actuelle peut être lisse. J’aime l’idée de la secouer un peu avec des guitares.
Tu as parlé de la génération Z, prête à tout pour exister. Ressens-tu cette pression toi aussi?
Évidemment. C’est frustrant, ça crée de la jalousie, une mauvaise image de soi. Même quand on a accompli des choses, on peut se sentir nul.
Si tu pouvais parler à la Rori ado, tu lui dirais quoi?
"Ça va aller. Ça va être dur, mais ça va aller."